20 ans après ses débuts, le trio décide d’interroger tout d’abord son intrumentarium d’origine (2 violons et 1 zarb). Si au cours du temps, les 3 musiciens n’ont pas hésité à parer leurs instruments de divers préparations, ont volontiers parlé, chanté en jouant, ont utilisé la podorythmie, le tout en vue d’obtenir une palette timbrale aussi riche que possible, ils souhaitent aujourd’hui encore enrichir cette palette sonore. C’est pourquoi ils imaginent pour le présent projet : un Orchestre d’hommes-orchestres
Il n’aura échappé à personne qu’un musicien se construit dans une relative solitude, mais on dira aussi que toutes les traditions musicales ont cherché des solutions pour donner une dimension polyphonique au geste musical du soliste. Ainsi, dans l’Antiquité méditerranéenne, la musique instrumentale est intimement liée à la performance orale poétique. Les Aédes grecs sont à la fois poètes, parleurs, chanteurs et musiciens comme le seront plus tard les jongleurs de l’occident médiéval ou comme le sont aujourd’hui les griots de l’Afrique de l’Ouest. Tous proposent un geste sonore polymorphe.
Bon nombre de musiciens populaires de l’espace rural européen qui jouent généralement seuls, développent eux aussi des stratégies pour sonner « large ». En rajoutant voix, pieds, grelots, bruiteurs divers, double cordes (traditions du violon populaire) picotage (traditions de cornemuse), bourdons sur l’instrument (vielles à roue, cornemuses), basses à la main gauche ( accordéons diatoniques et chromatiques), basses aux pied (école Belge Namuroise d’accordéon), cordes sympathiques ( Hardingfele norvégien)…. tous les stratagèmes sont bons pour élargir le spectre sonore.
À ce propos, on rajoutera que s’il est bien une histoire singulière dans cet aller-retour entre solitude musicale et plénitude orchestrale, c’est bien celle de la batterie qui rassemble en un seul geste les taches de trois musiciens (grosse caisse, cymbales, et caisse claire).
Quand à la musique savante, elle regorge elle aussi de multiples inventions de ce type, que ce soit dans l’écriture (partitas pour violon seul de Jean-Sébastien Bach…), dans les dispositifs instrumentaux (piano préparé de John Cage….) ou dans quelques audaces méconnues telle que celle du violoniste Nicolaus Bruhns ayant vécu au 17ème siècle, qui selon la légende s’accompagnait du clavier des basses de l’orgue de son église voisine tout en jouant du violon.
In fine, on voit alors apparaître dans diverses esthétiques des musiciens qui s’inventent leur mini-orchestre personnel pour performer bien souvent à l’extérieur. Il y a quelque chose du théâtre de rue, de la harangue, du camelot dans ce geste artistique singulier, ce qui n’est pas sans déplaire à l’humeur habituellement joyeuse du trio. Dans le jargon des musiciens populaires français, cet ensemble d’instruments hétéroclites joué par une seule personne s’appelle un « Jaze », involontaire condensé sémantique de « Jazz » (américain) et du verbe « jaser » !
Pour le présent projet, les 3 musiciens de la Soustraction des fleurs, en zoomant sur cette histoire, imaginent pour chacun d’entre eux des possibilités d’extensions instrumentales : Sets de pieds, de genoux, d’entre-jambes, préparations pour les 2 violons, élargissement instrumental autour du zarb, modificateurs acoustiques de voix, bref tout un ensemble orchestral avec lequel in fine, ils souhaitent poursuivre leur recherche compositionnelle.
Ce projet est également pour le trio l’occasion de retrouver avec plaisir un vieux compagnon de route en la personne de Sam Mary aux lumières et bricolages scénographiques.
20 ans …
20 ans déjà…